Emmanuel Henry : « Ignorance scientifique et inaction publique Les politiques de santé au travail »


Depuis les années 1990, dans le sillage du scandale de l’amiante et des différentes crises sanitaires qui ont émaillé cette décennie, les politiques de santé au travail ont connu d’importantes transformations ayant notamment conduit à une redéfinition des problèmes qu’elles prennent en charge.

Malgré des mobilisations importantes autour des conditions de travail durant les années 1970 et 1980, les « politiques de gestion des risques professionnels » – c’était leur désignation officielle à l’époque – n’étaient pas considérées comme relevant de la santé publique, mais du domaine de la négociation sociale entre organisations syndicales et représentants des employeurs, au même titre que les niveaux de salaire ou que le temps de travail. L’État, exclusivement représenté par le ministère du Travail, se contentait alors de cautionner et de légitimer les accords conclus dans le cadre du paritarisme. Aux termes de cette définition, la question des effets sanitaires des décisions prises ne se posait pas. On avait ainsi découvert, durant les années 1990, qu’aucune étude n’avait été diligentée auparavant pour évaluer les effets sanitaires des expositions professionnelles à l’amiante 

Cet équilibre qui avait structuré les politiques de santé au travail des années 1960 aux années 1980, a donc été progressivement remis en cause à partir des années 1990, notamment par la crise de l’amiante, ce qui a abouti à la redéfinition de ces enjeux comme relevant du domaine de la santé publique. Dès lors que les risques qui y étaient liés étaient définis comme des risques de santé publique touchant l’ensemble de la population, ce problème ne pouvait plus être géré dans le cadre de négociations discrètes entre partenaires sociaux, cautionnées par l’État, et une série de décisions furent prises qui modifièrent les modalités de gestion de ce toxique professionnel.;

Source: www.cairn.info