Olivier Torrès : Santé des dirigeants : « Un dialogue entre sourds et muets »


Pourquoi laisse-t-on souvent de côté la question de la santé des dirigeants ?

Pour des raisons historiques et sociologiques, tout d’abord. Les spécialistes de la santé au travail ont longtemps préféré s’intéresser au sort des autres catégories de la population active, comme en témoignent les travaux fondateurs de Louis René Villermé sur la condition ouvrière (1840) et la loi Desoille (1946), qui a institué la généralisation des services de santé pour les travailleurs salariés. L’autre motif de ce manque de considération vient des chefs d’entreprise eux-mêmes. Sous l’emprise d’une « idéologie du leadership » laissant peu de place aux manifestations de faiblesse, ils évoquent rarement leurs problèmes de santé. C’est un dialogue entre sourds et muets.

Quels sont les troubles les plus fréquents ?

Beaucoup de dirigeants de PME sont adeptes du « dormir moins pour travailler plus ». Ils se reposent approximativement 6 h 30 min par nuit, alors que le Français moyen s’accorde 7 h 15 min. A la longue, cette « dette de sommeil » atrophie la capacité à entreprendre et amplifie le risque de burn-out. Parmi les troubles musculo-squelettiques les plus fréquents, le dos arrive par ailleurs en première ligne, renvoyant au poids des responsabilités. On note également un fort sentiment de solitude, pouvant s’avérer ravageur pour la santé. La charge émotionnelle d’un licenciement est par exemple considérable dans une PME. Le chef d’entreprise prend et exécute seul la décision, qui concerne en général un collaborateur qu’il connaît personnellement. A l’inverse, dans les grands groupes, les décisions importantes sont souvent prises à plusieurs. Cela permet de se libérer psychiquement. Le surmenage est enfin un autre problème récurrent. Les patrons de PME travaillent en moyenne 55 heures par semaine, contre un peu plus de 38 heures pour la moyenne des Français. Idéalement, ils souhaiteraient ne travailler que 45 heures hebdomadaires, soit une journée de moins ! Cette surcharge de travail pèse sur la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Source: www.lesechos.fr